Dans le cadre du cours « La recherche juridique à l’ère des legaltech » dispensé à l’école des Hautes Etudes Appliquées du Droit (l’HEAD), les étudiants ont assisté à une démonstration de la plateforme Doctrine par Hugo Ruggieri, Directeur juridique et affaires publiques et DPO au sein de la société qui a eu la gentillesse d’intervenir au sein de l’école. Cette intervention a permis d’illustrer les mutations contemporaines de la recherche juridique et de réfléchir à la manière dont les outils numériques modifient les usages pédagogiques et professionnels du droit.
Dans le cadre du cours « La recherche juridique à l’ère des legaltech », dispensé à l’HEAD, une séance a été consacrée à l’exploration de la plateforme Doctrine. Cette intervention visait à initier les étudiants de mastère à l’évolution contemporaine des méthodes de recherche juridique, rendue possible par les transformations techniques récentes. Loin de se cantonner à une simple présentation technique, la séance a été conçue comme un temps d’exploration raisonnée d’un outil devenu incontournable dans l’écosystème juridique contemporain.

La démonstration a également mis en lumière les effets de l’ouverture progressive des bases de jurisprudence. Le corpus de Doctrine intègre désormais une part croissante des décisions rendues par les juridictions du fond, y compris celles des juridictions administratives, commerciales, prud’homales ou encore répressives.
Doctrine se distingue par son approche de la structuration du droit : au-delà de la mise à disposition d’un corpus jurisprudentiel élargi, la plateforme repose sur un modèle relationnel baptisé Legal Graph, qui permet de cartographier les liens entre les décisions, les textes normatifs et les concepts clés. Ce maillage sémantique permet une lecture enrichie de la jurisprudence, et offre des possibilités d’analyse transversale inédites dans la pratique juridique.
Les étudiants ont ainsi pu observer la manière dont Doctrine articule les décisions les unes aux autres, en soulignant les logiques d’application. Cette approche relationnelle tranche avec les modèles documentaires classiques, notamment ceux proposés par les éditeurs juridiques traditionnels (Dalloz, LexisNexis), dont les moteurs de recherche restent majoritairement fondés sur la hiérarchie des codes et des thématiques doctrinales.
La démonstration a également permis de mesurer l’écart entre ces outils spécialisés et les interfaces d’intelligence artificielle généralistes telles que ChatGPT, souvent perçues comme des assistants polyvalents, mais encore très limitées dans leur capacité à restituer une jurisprudence pertinente, actualisée et exhaustive. Là où une IA générative fournit une réponse synthétique, Doctrine met à disposition un environnement de recherche structuré, documenté, traçable et fidèle à la logique juridique.
L’intervention s’est inscrite dans une volonté d’ancrer l’apprentissage dans la réalité des pratiques professionnelles. La plateforme a ainsi été mobilisée comme un outil de compréhension, de navigation et d’anticipation, dans un contexte où la maîtrise des bases de données spécialisées constitue une compétence attendue des jeunes juristes. Elle a également ouvert la voie à une réflexion sur les biais possibles de ces technologies, les enjeux liés à l’anonymisation des décisions, ou encore la place croissante des outils prédictifs dans les stratégies contentieuses.
En intégrant Doctrine à l’enseignement, il ne s’agit pas seulement de former à l’usage d’un outil. Il s’agit d’initier une posture : celle d’un juriste en capacité de décrypter, de relier et d’interpréter l’information juridique à l’ère des données, avec rigueur, recul et méthode. La legaltech, dans cette perspective, ne remplace pas la pensée juridique, elle l’augmente, à condition d’en comprendre les logiques profondes.
Je remercie chaleureusement Hugo Ruggieri pour son intervention au sein de l’HEAD et pour la qualité des échanges partagés avec les étudiants.
Vincent Gorlier
LW